Dans sa précieuse monographie de 1888 consacrée à Fréménil, Aristide RENAULD l'instituteur du lieu nous signale la présence du puits à balancier de la commune. Il nous rappelle la voirie du village de cette époque avec trois rues :

  • La Grande Rue qui part de l'église pour aboutir au pont sur la Verdurette, avec accès à la prairie, desservant le quartier de "la Banvoire". De nos jours elle a pour nom "Rue de la Prairie".
  • La Rue du Puits qui part de l'église pour aller vers l'Est en direction du "Camp" (puis Ogéviller). Comme son nom l'indique, elle dessert le puits banal existant au carrefour du chemin de Buriville.
  • La Rue du Faubourg qui part du pont du ruisseau de la Maxelle pour aller vers l'Ouest en direction de Bénaménil en desservant le quartier "le Faubourg".

De nos jours, ces deux rues n'en font plus qu'une, baptisée "Grande Rue" et répertoriée officiellement CD19A. Cet axe routier constitue l'ossature Est-Ouest du village-rue typiquement lorrain où les maisons se serrent les unes contre les autres par des murs mitoyens.

On peut considérer que le village a pris naissance à proximité immédiate de la Verdurette (anciennement Ruisseau d'Alhan) pour son alimentation en eau (Voir l'article : "Depuis combien de temps notre village existe-t-il ?" ). En ce temps-là, il n'y avait pas de pollution et l'eau des rivières était potable. Le village s'est peu à peu agrandi. Dépendance des Templiers implantés à Domjevin, il passe au fil des ans et des traités sous la dépendance des Seigneurs de Blamont et d'Herbéviller. C'est avec ce seigneuriat que fut décidé l'installation d'un puits banal (relevant du Seigneur) implanté au carrefour du chemin de Buriville. On peut supposer que cette décision a fait suite à la construction de nouvelles maisons éloignées du quartier de la Banvoire et de son point d'eau.

Nous avons eu la chance de connaître ce vieux puits banal et nous vous présentons une photographie datant des années 1940.
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Le puits a été établi par terrassement à la main, c'est à dire avec pioche et pelle, jusqu'à une profondeur atteignant la nappe phréatique, soit quatre mètres environ. Les parois ont reçu une maçonnerie circulaire (1,00 m. de diamètre environ) de pierres sèches, couronnée en surface par une margelle circulaire en grès rose. Pour recueillir plus facilement l'eau dans un seau, un balancier a été élevé. Il était constitué d'un fût vertical à section carrée (0,40m.x0,40m. environ) fait d'un arbre (chêne ou hêtre) dépassant de 2,50 à 3,00m. du sol. La partie enterrée pouvait avoir 1,00m. de profondeur. Le fût vertical était percé d'une mortaise de 0,20m. environ d'ouverture qui était pénétrée par le balancier. Celui-ci était constitué par une perche oscillante en milieu de sa longueur (environ 4,00m) grâce à une tige en acier.

  • A l’extrémité haute était fixée une chaîne en acier se raccordant à une perche de petit diamètre (6 à 7 cm.) et de 2,50 à 3,00m. environ de longueur. Cette petite perche, bien rabotée et polie comme un manche d'outil était munie à son extrémité d'un système d'accrochage pour le seau destiné à puiser l'eau. L'ensemble constitué par la petite perche et le crochet était désigné sous le terme "la Landerie" du puits (dixit Marthe FLAVENOT née MANONVILLER, le 10/11/1986, confirmé par Madeleine HOURDIAU).
  • A l’extrémité basse du balancier, deux grosses pierres fixées par un cerclage métallique, constituaient le contre-poids.

Saluons le travail de nos ancêtres qui ont réalisé ce remarquable puits à balancier avec des moyens bien différents de ce que nous connaissons aujourd'hui.
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Pendant des années les habitants du lieu se sont approvisionnés en eau au puits. La margelle en grès, par une partie bien usée par les passages des seaux, pouvait en témoigner de la fréquentation. Ce n'est qu'avec l'installation de l'alimentation en eau potable par le Syndicat des eaux de Manonviller-Ogéviller (années 1920) que le puits à perdu de son importance. Pourtant le service de l'eau pour le bétail avait nécessité l’installation de deux auges aux abords immédiats du puits, et plus tard une borne fontaine.  

C'est en 1951 que la mairie décida de la mort du puits à balancier. Les insectes rongeurs s'étaient appropriés le gros fût vertical et la sécurité du voisinage n'était plus assurée. C'est Yves ADAM, maire de l'époque, qui prit cette lourde décision et c'est Lucien CARMENTRE avec Georges DURAND qui exécutèrent la sentence en prenant bien des précautions pour éviter tout accident au démontage. La margelle de grès qui portait les marques de l'histoire n'a été déposée qu'en 1970. Déplacée provisoirement près du cimetière, elle a été récupérée par l'entreprise BARASSI de Cirey sur Vezouze.

Les amateurs d'histoire lorraine ont regretté la disparition du puits à balancier de Fréménil mentionné souvent dans les descriptions du village dont il faisait partie des curiosités. Actuellement une margelle en béton est installée à son emplacement et contribue au fleurissement du village, mais ce n'est pas pareil que l'antique point d'eau.

Outre la photographie de l'ancien puits de Fréménil, nous illustrons également cet article par une vue, avec des brodeuses, du puits de Domjevin (d'après une carte postale BASTIEN-Lunéville) ressemblant à notre ancien puits, ainsi que du puits de Petitmont peint avec talent par Alfred RENAUDIN en 1897. Il y avait aussi un puits à balancier à Parroy, à Ogéviller. Tous ces puits sont aujourd'hui disparus. Notons que l'on trouvait des installations identiques en Europe Centrale et en Afrique.

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Par cette page d'histoire, à notre manière, nous avons fait revivre pour vous, le vieux puits à balancier de Fréménil.

Complétons cette évocation du vieux puits banal de Fréménil par le rappel suivant :

Pendant la première guerre mondiale, un nouveau puits a été réalisé par l'armée française. Il s'agissait d'un simple puits implanté à quelques mètres de l'ancien avec un diamètre inférieur et fermé au niveau du sol par un couvercle en béton. On peut supposer que voulant s'affranchir de la manoeuvre du balancier, les militaires ont préféré l'utilisation d'une moto-pompe en prise directe pour leurs besoins. Le corps des sapeurs pompiers communaux a réutilisé ce point d'eau jusqu'en Février 2001 date de la suppression du corps local des sapeurs-pompiers,  après 130 ans de service. Pour leur exercice périodique, on pouvait assister au fonctionnement de la moto-pompe rouge puisant l'eau dans le petit puits et pratiquant l'arrosage abondant du chemin de la gare par les tuyaux textiles posés sur le sol (Voir l'article "Les Pompiers").

Cela aussi, c'était dans le temps...

Jean SPAITE    Février 2015

Crédits Photographiques :
  • Le dessin du puits de Fréménil a été réalisé par l'auteur.
  • La photo du puits de Fréménil ainsi que les cartes postales proviennent de sa collection personnelle
  • La reproduction du tableau d'Alfred Renaudin est extraite du No.6 de la Nouvelle Revue Lorraine datée de février-mars 2011