Avez-vous entendu parler des chenevières de notre village ?

Peut-être pas. 

A moins que vous ayez eu, comme moi, la chance d'avoir une grand'mère qui vous parlait de "dans le temps". Pour elle, ce "dans le temps" était encore présent puisqu'elle possédait une chenevière au lieu-dit "les Dombois", derrière les maisons côté Nord de la Grande rue (côté pair) et au voisinage de la Verdurette, l'ancien ruisseau d'Alhan. Cette chenevière avait de gros avantages: Son sol était sableux, facile à travailler, même s'il se trouvait en pente, et le ruisseau tout proche permettait un arrosage bienvenu surtout en période de chaleur.

Qui dit "chenevière" dit "chanvre"; mais il y avait bien longtemps que l'on ne cultivait plus de chanvre ici. Les parcelles des "Dombois", antérieurement dévolues au chanvre, étaient toutes converties en potagers dont le rendement était particulièrement généreux.

La culture du chanvre en notre commune remonte au XIX° siècle. On semait des graines de chenevis qu'il fallait bien protéger avec des rames de petits pois parce que convoitées par des oiseaux gourmands attaquant les semis par des escadrilles entières! La plante grossissait et devenait une haute tige surmontée d'une tête riche en graines. La culture du chanvre demandait des soins quotidiens et une surveillance constante. La proximité des habitations permettait d'assurer ce travail dans les chenevières.

Mais du chanvre , pourquoi faire? 

Quand la plante était mure, on la coupait, on la faisait sécher. Les tiges étaient séparées des têtes. De ces dernières on récupérait les graines qui, vendues au poids à des ramasseurs, étaient converties en huile fort recherchée. Les tiges vendues de leur côté devenaient de la filasse, matière première pour fabriquer des tissus, des cordages, des litières et des papiers. J'ai même appris plus tard que le chanvre entrait dans la confection des tissus pour vêtements militaires particulièrement résistant et d'une grande solidité. De nos jours le chanvre est utilisé dans les matériaux de construction et d'isolation. En ce XXI° siècle, il y aurait encore dans notre grand Nord-Est des cultures de chanvre en Haute-Saône.

A Fréménil, la culture du chanvre se termine au début du XX° siècle. Après la 1° guerre mondiale, les chenevières deviennent toutes des potagers mais conservent toujours leur appellation "chenevières" . Mais aujourd'hui les terrains des chenevières sont devenus des près! Tout évolue...

Voilà l'histoire des chenevières de notre village débouchant à son époque sur une production bien pacifique qui n'a rien à voir avec son utilisation de nos jours par certains : le cannabis (qui est le nom grec du chanvre). Nos ancêtres étaient bien loin de ces pratiques dangereuses.

J.S. Mars 2013


PS : Nous avons pris le parti d'écrire Chenevières sans accent grave sur le premier e... puisqu'à Fréménil, comme dans tout le lunévillois, on le prononce ainsi avec un E comme première syllabe. On retrouve également cette appellation pour la commune de CHENEVIERES, au bord de la Meurthe, à 12 km au Sud-Est de Lunéville. L'orthographe officielle définissant un champ de chanvre est "chènevière" avec accent grave sur la première et troisième syllabe, et le terrain de ladite chènevière est semé de chènevis. Mais j'ai toujours entendu prononcer ce mot chenevière avec un E. Sans aucun doute, on doit reconnaître un lorrain à sa façon de dire chenevière et non chènevière !... C'est notre manière à nous, qui doit étonner les gens du Midi par exemple. Mais il est amusant aussi de noter qu'en Provençal, on dit canebière pour parler d'une chènevière. A chacun son patois régional !