La plupart d'entre-vous connaissent la réputation du sol fréménilois qui se révèle sol siliceux à dominante sable.

A l'époque où le caractère rural était orienté vers l'agriculture, un dicton était attaché à notre village:

"Fréménil, Enfer pour les vaches, Paradis pour les femmes."

Ce qui se traduisait par le fait qu'étant donné la nature sableuse du sol, donc terres plus légères par comparaison avec les terres lourdes, les terres argileuses, les cultivateurs du lieu pouvaient atteler pour les travaux des vaches à leurs charrues ou à leurs chariots. Les pauvres bêtes devaient quand même produire du lait comme toutes bonnes vaches; donc un double travail d'enfer pour elles, et les exploitants agricoles faisaient l'économie de l'achat de chevaux qui coûtaient toujours trop cher ! Pendant ce temps les femmes du lieu s'adonnaient aux travaux de broderie, soit perlée (maison ADAM), soit blanche (maison MANONVILLER), ce qui était moins pénible que les travaux des champs. Le dicton mérite néanmoins une double remarque : à cette époque, on ne connaissait pas l'agriculture intensive même si le sol, du fait de sa nature sableuse, était plus facile à travailler, d'où l'utilisation des "vaches de trait", mais les femmes de ce temps-là , en plus des travaux de broderie, n'hésitaient pas à aller dans les champs pour seconder leur mari et participer à leur tâche; ni dans les jardins dont la plupart du temps elles assuraient la production potagère.

Ainsi donc notre sol fréménilois est à dominante de sable. Vous avez pu vous en rendre compte lors des récents travaux de terrassements des maisons nouvelles de notre village. La couche de terre arable n'est pas très épaisse (20 à 30 cm. par endroit) et on découvre le sable mélangé au gravier-caillou sur 1m. à 3m. Ceci est le résultat des alluvions des temps anciens, après que les eaux qui recouvraient les terres se furent retirées.

L'exploitation du sable sur notre commune remonte à de nombreuses années. Les carrières se situaient près de notre village. Les deux plus importantes sont au Faubourg côté Ouest, et près du Cimetière côté Est.

La carrière du Faubourg a été exploitée fin XIX° siècle pendant une grande période et surtout au XX° siècle à l'époque de la construction du "Tacot", le chemin de fer de Lunéville à Blâmont et à Badonviller, pour l'exécution de la plateforme de la voie ferrée. Au cours de la 1ère guerre mondiale, la carrière du Faubourg est mise à contribution en 1916 par l'armée française pour la construction du blockhaus Ouest, encore visible de nos jours. La paix revenue, elle participera tout comme la carrière côté Est à la reconstruction des villages détruits : Domjevin, Blémerey, Reillon, Vého.

Côté Est, on a une autre carrière dite du Cimetière, qui se situe à gauche de la route D19A vers Ogéviller, sur une longueur de 500m. environ et une largeur de 100m. environ. Le terrain a fait l'objet d'un achat par la commune en 1998 et son comblement s'est effectué jusqu'en janvier 2000. Au voisinage immédiat du cimetière, on a du mal à imaginer l’impressionnant trou de 5m. environ de profondeur qui a perduré pendant de longues années et qui témoignait de l'exploitation de sable à cet endroit. L'importante carrière du Cimetière a été mise a contribution pour la construction du blockhaus Est, dit du Cimetière, en 1916 et qui avait pour rôle la protection efficace du village occupé par l'armée française. Le blockhaus Est, tout comme son homologue à l'Ouest dit du Faubourg, abritait deux postes de mitrailleuses lourdes face à la menace ennemie côté Nord, située au-delà de Blémerey, sur le front toujours actif pendant les quatre années du conflit.

Les carrières Ouest et Est étaient desservies par un chemin de fer à voie de 0,60 Type Decauville et dénommé "le petit Tacot"(voir article "Le petit tacot de la forêt de Mondon"-Voie Etroite N°328 Juin-Juillet 2010), qui remontait vers le Nord pour rejoindre Blémerey, Reillon. Après 1918 quand la paix est enfin revenue, ce même petit train a servi à la reconstruction des villages détruits pendant la guerre. Le sable de Fréménil a permis la reconstruction des murs des maisons de Blémerey, Reillon, Vého. L'exploitant des carrières était l'entreprise France-Lanord et Bichaton de Nancy et son chef de travaux était Mr. BOUDINI.

A cette époque de la reconstruction, la demande en sable étant devenue importante, on va voir l'ouverture et l'exploitation de nouvelles carrières situées au Nord du village, derrière les jardins des maisons de la Grande Rue et le ruisseau de la Verdurette. C'est à cette époque également qu'une nouvelle carrière s'est ouverte juste derrière le cimetière (lequel avait été inauguré en 1887). Cette dernière carrière après exploitation a reçu les perles et paillettes mises en décharge par Christian ADAM puis par son fils Yves. Ces surplus de perles faisaient le bonheur des filles du village qui venaient s'approvisionner à bon compte pour réaliser des colliers et des bracelets de toute beauté. La petite carrière derrière le cimetière a été comblée en 1990 et constitue aujourd'hui un terrain réservé à l'extension future du cimetière.

Cette exploitation intensive du sol fréménilois s'est poursuivie jusque vers 1930. En plusieurs endroits, on peut encore en trouver des traces par le sol bouleversé. En plus des carrières du Nord du village, une carrière a vu le jour côté route d'Ogéviller, voisine de la première maison du village (1 Grande Rue) et occupée maintenant par une construction nouvelle (propriété de Mr. Francis C.). Dans un parc appartenant à Mr. Henri BENOIT, cafetier (maire du lieu de 1930 à 1940), une carrière a été creusée laissant un trou à la forme de cuvette où les jeunes (dont je faisais partie) aimaient s'amuser à des parties de culbutes et en période hivernale à des glissades en traîneaux. Précisément cette carrière a été comblée en 1989.

La grande carrière du Cimetière côté Est a été comblée en grande partie et nivelée. Elle sert actuellement de zone de dépôt de matériaux de la commune et doit dans l'avenir accueillir la salle polyvalente nouvelle. Il reste encore une partie de carrière au sol bouleversé et occupé par des sapins notamment. Quand cette surface, après acquisition par la commune, sera nivelée et appropriée, elle aura vocation de terrain de sports qui fait cruellement défaut à la population jeune actuelle qui se révèle nombreuse.

Cette étude historique des carrières de Fréménil nous amène immanquablement à penser à demain pour un équipement souhaitable pérenne.

Un constat : L'exploitation du sol fréménilois en tant que sable et gravier s'est traduit par une richesse économique bienvenue et appréciée.

Le temps n'est plus où l'on pouvait voir le "Père BOUDINI" passer du sable à grands coups de pelle sur la claie métallique de la grande carrière du Cimetière. C'était au temps passé...

J.S.  Mars 2013 

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