Nous avons montré dans nos billets des 9/2/2009 (Nom des rues, plan des quartiers, démographie) et 18/2/2009 (A propos des noms des rues de Fréménil) avec illustration par plans, les noms des rues et les quartiers de notre village. Situé à l'extrême EST, se trouve le quartier du "CAMP".

Quartier du Camp

Cette dénomination pose question : Quel était ce camp ?

Beaucoup penchent pour un camp romain sans plus de précision. Cette définition avait intrigué l'Abbé Emile HATTON, curé de Domjevin-Fréménil du 8/8/1925 au 3/8/1936. Professeur d'histoire, membre de l'Académie STANISLAS, il procéda en Juillet 1936 à des fouilles au lieu-dit "Le CAMP". Allions-nous avoir une réponse à la question : "Quel était ce camp ?"

Cette opération avait été précédée d'une longue étude historique afin de définir l'emplacement d'un éventuel Camp et d'une demande d'autorisation en bonne et due forme.  Avec des moyens restreints et l'utilisation d'un pendule dont il se révélait un expert, avec l'emploi de terrassiers de bonne volonté: Messieurs Lucien CARMENTRE et Georges DURAND, l'Abbé HATTON limita son sondage sur la parcelle 78 (terre cultivable) et la parcelle 79 (cimetière) en retrait de 60 m. environ du CD 19A. Sur la parcelle 78, il ne trouva rien d'évident (quelques vestiges de tuiles) cependant que sur la parcelle 79 (cimetière), au droit de la tombe de la famille DIDELOT (concession N°4), une fouille sous la forme d'un puits lui confirma l’existence d'une construction des temps anciens. Il mit à jour des restes de sculpture, des fragments d'une statue en grès assez vraisemblablement un cavalier à l'anguipède. La-dite sculpture fut par la suite remise par ses soins au Musée Lorrain de NANCY.

A ses yeux d’historien, il y avait eu à cet emplacement une villa romaine, plus exactement gallo-romaine, construction typique d'une exploitation agricole. Mais la satisfaction de l'archéologue fut de courte durée car le propriétaire de la tombe, craignant que les fouilles ne puissent "faire découvrir les pieds de l'Augustine" qui était enterrée là toute proche, fit venir le Maire Henri BENOIT (maire de 1930 à 1940) et les gendarmes pour mettre un terme à cette opération. Fort de son bon droit, autorisation à l'appui, l'Abbé HATTON fit intervenir la Société d'Archéologie Lorraine, la Préfecture. Le matin du 20 Octobre 1936, le Sous-Préfet, représentant de la République se retrouva dans l'allée du cimetière fréménilois au côté de l'architecte des Monuments Historiques pour soutenir le curé archéologue. Mais face à l'opposition du conseil municipal, les recherches historiques furent abandonnées et le puits garde toujours son secret. Les fouilles furent comblées et tout rentra dans l'ordre. Et notre curé-professeur d'histoire fut muté en fin d'année 1936 à NANCY auprès de l’Évêque Mgr FLEURY pour s'occuper en tant que rédacteur, de la revue diocésaine "La Semaine Religieuse".

Bien avant cet épisode historique de Juillet 1936, Aristide RENAULD, l'instituteur auteur de la monographie du village de 1888, avait abordé cette question. Pour Aristide RENAULD, le Camp peut correspondre à une léproserie. A propos du "sentier de la Nisse Bataille" (situé plus au centre du village- Côté OUEST), Aristide RENAULD précise que "la-dite bataille historique (dont personne ne se souvient) devait être liée à la présence du CAMP situé à l'autre extrémité du village." Cet aspect de la question semble un peu confuse à nos yeux. Nous avions évoqué à ce sujet dans notre billet : "le nom des rues" au chapitre "Le sentier de la Nisse Bataille". Le lieu-dit "Le Camp" n'est pas lié à cet événement.

Pour revenir à l'évocation d'une léproserie, nous pensons personnellement qu'une "ladrerie" ou "maladrerie" (où se trouvaient exilés les malades contagieux, lèpre ou autre maladie) peut être située au lieu-dit "La Borre", plus à l'Est en direction d'Ogéviller. Là encore, la Borre peut se traduire par un lieu en "bordure" du village, où l'on retrouve éloignés les malades contagieux. Nous sommes donc au-delà du lieu-dit "Le Camp".

Quittons les périodes gallo-romaine et celles des "nisses batailles" pour revenir à la création de ce quartier "Le Camp". Situé à l'Est du village, sur la route d'Ogéviller, ce quartier a vu ses 7 premières maisons construites au XIXème Siècle. La maison du 7 Grande Rue annonce la date de 1822 (Lucien CARMENTRE). Elle a été suivie par 6 autres maisons de 1822 à 1856 :

 Tableau I    |   Le Camp- 1ére époque de construction (1822 à 1856)  7 maisons
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                   |  1822-  Maison (Lucien CARMENTRE)  Roger J.     N° 7 Grande Rue
                   |  1829-    "         ( Kretz          )      Claude M.        N° 2     "
                   |  1843-    "         ( Manonviller    )  Madeleine S.   N ° 5     "
                   |  1851-    "         ( P. Benoit      )    Yvonne F.        N° 4     "
                   | sans date- "     ( R. Benoit      )    Guy M.             N° 6     "
                   |  1856-    "         ( R. Flavenot    )   Denis S.          N° 3     "
                   | sans date- "     ( E. Didelot     )    Eric M.             N° 1     "
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Autour de ce groupe de 7 maisons, les terrains vierges de toute construction étaient consacrés à l'exploitation agricole; culture de céréales et de pomme de terre, ainsi que de pature pour le bétail avec des enclos, parcs.  Limité au NORD par la Verdurette (ruisseau d'Alhan ou des Dombois), les parties les plus proches du cours d'eau, baptisées "Les Dombois",sont d'anciennes chènevières qui ont été converties au XIX° Siécle en terrains potagers très appréciés pour leur rendement. Actuellement (XXI° siècle), ce type de culture est abandonné et l'espace est converti en parc.

En 1887, le nouveau cimetière communal est implanté côté OGEVILLER à une distance d'une centaine de mètres de la proche maison du quartier( soit le N° 1 Grande Rue). Ce déplacement du lieu du dernier repos a été fait sous le ministère du Maire Camille MENGIN (maire de 1870 à 1896). Le nouveau cimetière résultait de la décision préfectorale d'éloigner les nécropoles des lieux habités et donc de supprimer les cimetières existants auprès des églises comme il était de tradition depuis des siècles. L'espace funéraire était saturé et posait problème à chaque nouvelle inhumation. Les tombes de l'ancien cimetière ont été relevées et les restes déposés dans les nouvelles tombes familiales.

C'est au XX° Siècle que va se poursuivre les constructions du quartier du Camp, débordant sur le XXI° Siècle pour les maisons les plus récentes.

 Tableau II   |  Le CAMP- 2éme époque de construction (1977 à 2011)  5 maisons
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                   |                                                     Grande Rue  | Route d'Ogéviller
                   |  1977-  Maison Christian F. (SOCOPA)   N° 2B   |    N° 6
                   |  1989-    "    DI T.                                   N° 2A   |    N° 2
                   |  1989-    "    Francis C.                           N° 1A   |    N° 1
                   |  2007-    "    Jean-Pierre V.                     N° 1C   |    N° 5
                   |  2011-    "    Laurent I.  (ECR)                 N° 1B   |    N° 3
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Nous assistons à une période de ré-urbanisation de nos villages. Il ne s'agit pas de retour à la terre à des fins d'agriculture mais de construction de nouvelles maisons dont les habitants ont une activité migratoire vers les villes. Pour le cas présent, on travaille à LUNEVILLE, à NANCY, voire plus loin, mais on dort au village dont on apprécie le calme, l'air pur de nos cvampagnes...

C'est une nouvelle façon de vivre.

Chronologie :

Les origines :
  • L'étude chronologique du quartier "Le Camp" nous invite à reconnaître les traces d'un campus gallo-romain sur le site. Villa,construction typique d'une exploitation agricole que l'on peut positionner largement entre l'an 500 et l'an 1000. Il s'agit d'une construction isolée qui coĩncide avec le classement TGF (Toponymie Générale de la France) de la couche romane (latin-roman).
  • La création du village proprement dit, avec groupement d'habitats, remonte aux environs de l'an 1000, coĩncidant avec la couche dialectale, puis la couche française lui succédant.(voir notre écho du 28/2/2012 : Depuis combien de temps notre village existe-t-il ?)
  • Une date à retenir: En 1034 FREMENIL notre village existait déjà. ( Titre de l'Abbaye de St Rémy de Lunéville à propos du pont sur la Vezouze)

Les Etapes suivantes :

  • En 1477, René II se prépare pour livrer bataille à Charles le Téméraire. Avec ses troupes venant de Suisse et d'Alsace, le Duc Lorrain passe dans notre secteur (Baccarat, Gélacourt, Hablainville, Ogéviller, Bénaménil) pour rejoindre Laneuveville devant Nancy puis Brichambeau où est prévu le regroupement de l'armée lorraine. Une partie des guerriers a emprunté la route entre Ogéviller, Fréménil, Bénaménil.
  • 1822 à 1856 - 1ère Epoque de construction de 7 maisons au Camp.
  • Guerre de 1870. Les prussiens occupent temporairement notre région lorraine, mais ils vont conserver pendant 48 ans l'Alsace-Lorraine. (Strasbourg, Colmar, Metz). Tout près de nous , l'annexion est marquée par la gare frontière de Deutsch-Avricourt ( à 12 Km.)
  • 1887. Construction du nouveau cimetière. Soulignons que la famille Mengin qui a donné 3 maires à la tête de la commune, a consacré un financement personnel pour la réalisation de ce lieu de repos (notamment les portes en fer forgé).
  • Guerre 1914-1918.
  • Occupation des habitations par les troupes armées en stationnement (Voir "11 Novembre 1918-11 Novembre 2008: 90 ans déjà")
  • Creusement de tranchées le long de la Verdurette et côté Ogéviller.
  • 1916. Création du blockhaus EST( de même que le blockhaus OUEST) ( voir "Requiem pour un blockhaus")
  • Exploitation intensive des carrières (sable- gravier)
  • Création du chemin de fer voie de 0,60m. Decauville, pour la desserte du front.( voir " Le petit tacot de la Forêt de Mondon")
  • 1918. La France retrouve l'Alsace-Lorraine. La frontière de Deutsch-Avricourt est enfin supprimée.
  • 17 Mars 1918, c'est la date du voeu de la paroisse de Fréménil d'ériger un monument aux morts pour les victimes de ces années de guerre. La plaque annonce 8 morts pour la guerre 14-18 et 11 morts pour la guerre 39-45. Monument vraisemblablement réalisé en 1919-1920 (Maire Félix Adam)
  • Après la guerre 1914-1918.
  • Exploitation intensive des carrières (sable-gravier) pour la reconstruction (années 1920 à 1930) avec service du petit tacot Decauville.
  • Les baraques Adrian. Trois baraques seront remontées au "Camp" à usage agricole.(voir "Adrian, le casque et les baraques" et "Adrian, le casque et les baraques (Suite)")
  • Juillet 1936- Fouilles archéologiques au cimetière par l'Abbé Hatton.
  • Guerre 1939-1945.
  • Pendant le terrible hiver 1939-1940, tous les militaires cantonnés dans notre village logent chez l'habitant. Ils apprécient la chaleur de nos vieilles maisons lorraines dans le quartier du "Camp".
  • Le 18 Juin 1940, aux côtés de l'Armée Française, les soldats Polonais de la 1ère Division de Grenadiers Polonais (1° DGP) opposent une défense farouche à l'offensive allemande. Ils passent au "Camp" quelques heures.
  • C'est par la route d'Ogéviller ,arrivant au "Camp" le 19 Juin 1940 que les troupes allemandes entrent dans notre village.
  • Le 3 Octobre 1944, les allemands décident l'évacuation totale du village vers l'EST( Blamont-Cirey). Pour éviter d'être repéré par les américains depuis la forêt de Mondon, la route du Camp est interdite aux convois qui sont contraints d'emprunter  la prairie, non carrossable.
  • Après la guerre 1939-1945.
  • La paix retrouvée, c'est la reconstruction. Quelques nouvelles carrières seront ouvertes (sable-gravier).
  • Si déjà avant la guerre Christian Adam, exploitant en broderie perlée, nous avait habitué à une "mise à la décharge" importante de ses perles, paillettes, qu'il jugeait passées de mode, mais faisait le bonheur de la jeunesse, surtout des filles, après le conflit, avec son fils Yves, des décharges nouvelles eurent lieu. C'est dans une ancienne carrière, aujourd'hui comblée, située derrière le cimetière que se trouvait "la caverne au trésor"...
  • L'espace devant le cimetière a été planté de sapins qui ont produit pendant de longues années des "cocottes" très appréciées comme "allume-feu". On venait au Camp chercher des cocottes avec des brouettes ou des chariots lorrains.
  • Tout contre le cimetière, sur le chemin qui descend vers la Verdurette, était le lieu traditionnel de stationnement de la roulotte des "Camps volants". On les voyait  tous les ans.
  • 1977 à 2011
  • 2éme  époque de construction de 5 maisons au Camp.
  • Il reste encore de la place pour construire. On attend dans le futur une salle polyvalente de réunions voisine à un stade que la jeunesse fréméniloise espère depuis longtemps.
  • La Grande Rue dans sa partie EST devra abandonner les A,B, pour adopter une numérotation logique d'une "rue d'Ogéviller".

Conclusion :

Voici donc l'histoire passée du CAMP. Soyons attentifs à l'actualité de manière à pouvoir écrire l'histoire du CAMP de demain.

On ne louera jamais assez la mémoire de l'Abbé Emile HATTON qui, par son travail d'historien et d'archéologue, nous a donné à découvrir le riche passé de notre commune et surtout du lieu-dit "Le CAMP" peu connu jusque là. Précisons que ses travaux de recherche menés au-delà de Fréménil, lui avaient permis de déterminer l'emplacement de 8 villas gallo-romaines sises à Domjevin, Laneuveville aux Bois, Reclonville, Hablainvlle, Emberménil, ainsi que plusieurs tronçons de routes antiques. L'oeuvre historique de l'Abbé HATTON reste à poursuivre....

Jean SPAITE    Juin  2012