Vestiges de guerre :

Au cours de la première guerre mondiale, nous avons vu que la numérotation des maisons du village était effective grâce à l'action du Commandant LAMY (nos billets du 30/10/2008 et du 14/5/2006). Le signalement des caves voûtées destinées à servir d'abris contre les bombardements s'était lui aussi traduit par une inscription peinte sur le mur de façade. Autre inscription : la capacité de l'habitation sous la forme d'un cadre peint au droit de la porte d'entrée mentionnant le nombre d'hommes, d'officiers, de chevaux, susceptibles d'être accueillis dans la maison. Nous avons gardé des photographies de ces inscriptions. Peu à peu, elles s'effacent. Le temps passe et nos maisons font peau neuve. En conséquence, dans notre village, on ne peut plus voir à ce jour les inscriptions "cave voûtée" et "hommes, chevaux" en vigueur au cours de la guerre 14-18. Seules quelques photographies, heureusement conservées, témoignent de cette période difficile.

Cave voutée 01Cave voutée 04Cave voutée 02
La Médaille en Chocolat !
 
Dans les années 1980, on avait renouvelé la porte d'entrée de la mairie-école qui accusait son âge. Pensez donc : elle avait été mise en place à l'époque de la reconstruction après la guerre de 14. En tant que porte d'entrée de la mairie-école, elle avait été très sollicitée par des va-et-vient incessants tant des adultes que des plus jeunes surtout. Il avait été décidé de la changer pour une porte plus moderne. A mon humble avis, on aurait pu la rajeunir grâce au talent d'un menuisier ébéniste compétent. Oui, mais voilà, la sentence était tombée sans appel: il faut du neuf !... Avant que mort n'arrive, j'ai eu la bonne idée de prendre en photo l'objet du délit. Oui, j'ai fixé à jamais sur la pellicule, celle que l'on ne voyait plus, tant elle faisait partie du quotidien mais qui, irrémédiablement malade, devait faire place à "autre chose de mieux". En résumé, tournons la page en tournant la porte.  J'ai retrouvé la photographie de l'ancienne porte et j'ai découvert la sculpture qui ornait la partie médiane, à savoir : la CROIX DE GUERRE !  La croix de guerre avait-elle été décernée à notre village après le premier conflit mondial ?

Porte Mairie


La réponse est NON. Pourtant notre village était situé juste après les premières lignes, zone des combats. Il était le premier village de l'arrière, accueillant les poilus, les blessés, les mourants, remontant le moral à tous ces braves venus des quatre points du pays en montrant une vie civile active, accueillante, tout proche de ce front de Lorraine. S'il n'avait pas subi les destructions massives comme ses proches voisins Domjevin, Blémerey, Vého, vides de leurs habitants évacués, il avait été frappé de plein fouet le 5 Novembre 1916 par un obus ennemi qui avait endommagé cruellement la magnifique porte ouvragée du XVIII° siècle de la maison MANONVILLER qui faisait l'orgueil du village, voyant ainsi disparaître le fleuron de son patrimoine rural (nos billets du 19/3/2011 et du 25/3/2007). Les autres maisons de la commune montraient de nombreuses traces d'éclats d'obus témoignant d'une période loin d'être calme.  Alors voilà ! La porte datant de la reconstruction avait été réalisée par un un menuisier ébéniste qui avait anticipé sur "la remise des médailles" pour les pays du front de Lorraine. Fréménil n'a pas fait partie de la liste des villages médaillés. Seul le menuisier lui a attribué la croix de guerre "en bois". Autrement dit, notre commune a reçu une médaille en chocolat !...en dépit de son rôle au contact immédiat des premiéres lignes des combats.


Quel dommage que l'on n'ait pas conservé cette porte ou tout au moins la sculpture la décorant. L'homme de l'art s'était montré plus reconnaissant que les hommes de l'état vis à vis des citoyens lambda.



Jean SPAITE    Septembre 2011