Le petit village de FREMENIL, situé dans la vallée de la VEZOUZE, ne possédait pas de chateau-fort avec donjon qui aurait pu retenir l'attention d'amateurs d'histoire militaire en mal d'une forteresse à explorer.

Dans son ouvrage " LUNEVILLE et son ARRONDISSEMENT " 1927- Tome 2- pages 202-203, l'éminent érudit EDMONT DELORME, Président fondateur de l'Association des Amis des Beaux-Arts et des Arts industriels de l'Arrondissement de LUNEVILLE, s'arrête longuement sur les blockhaus de FREMENIL qu'il qualifie de fortins.   "Pendant la derniére guerre (1914-1918),ce village a peu souffert et cependant, c'est dans ses environs qu'on trouve la plus curieuse des constructions blindées que cette guerre a laissées dans notre région". Suit la description de ces ouvrages en béton armé, réalisés en 1916 par l'armée française, consistant pour chacun...: "En deux chambres mitrailleuses cubiques hautes de 5 à 6 mètres, larges d'autant, et réunies par une galerie de 10 mètres environ de longueur".... "Les meurtrières sont dirigées vers le Nord, du côté de BLEMEREY".


Ces deux ouvrages étaient situés de part et d'autre du village de FREMENIL, à l'Ouest au bord du CD 19A(côté DOMJEVIN) et à l'Est à une centaine de mètres en contrebas du même CD 19A (côté OGEVILLER) près du cimetiére communal.Quatre vingt dix ans après, on peut encore voir l'ouvrage Ouest qui garde toujours fiére allure. Hélas, on ne peut en dire autant de l'ouvrage Est.

Après le conflit de 1914-1918, la paix revenue a été une période de reconstruction des villages dévastés situés à BLEMEREY, VEHO, REILLON. Le sous -sol de FREMENIL, caractéristique des vallées alluvionnaires, recèle de grandes quantités de sable et gravier. Il est mis à contribution pour la reconstruction des maisons des villages et notamment par l'exploitation des terrains situés près de l'ouvrage Est. Les entreprises exploitent cette carrière et accheminent les matériaux par le petit chemin de fer à voie de 0,60 m (DECAUVILLE) qui avait été créé par l'armée française por desservir ses positions. La période de reconstruction terminée, le site a été abandonné, sous la forme d'un grand espace vide avec, à son extrémité, l'ouvrage fortifié accusant au fil des ans, un gîte, une inclinaison d'une dizaine de degrés. Les années ont passés sans aucune opération d'entretien.

Quelques curieux sont venus, constatant l'envahissement progressif par une végétation importante.


Et ces derniéres années, le grand vide laissé par l'ancienne carriére de sable et gravier a été remblayée. Tant mieux,et l'on peut espérer que cela se traduise par la réalisation d'un terrain de sport qui manque actuellement et qui serait bénéfique pour une saine occupation de la jeunesse locale.

Mais hélas ! le fortin remarquable qui avait séduit Edmond DELORME, se trouve en partie recouvert par les remblais.

Que n'a-t-on préservé ce véritable ouvrage de la 1ère guerre mondiale ? Au prix d'un redressement et d'une remise à niveau, certes. Mais quel bel exercice militaire pour l'armée du génie à l'occasion d'une manoeuvre par exemple. Geste de fraternité envers ces frères d'armes qui les ont précédés en 1916. Il n'est jamais trop tard.


Les poilus de 1916 qui ont peiné pour réaliser ces ouvrages en béton armé ne sont plus là aujourd'hui. Certains dorment au proche cimetière militaire de REILLON. Il serait ingrat que le résultat de leur travail difficile soit effacé, ensevelit sous la terre des remblais, sous la chappe de plomb de l'indifférence. Nous avons la chance maintenant de vivre en paix, grâce à eux, ne l'oublions pas. Réabiliter leur oeuvre, c'est aussi une manière honorable de se souvenir, un acte de mémoire.

Et puis pourquoi négliger ces témoignages d'un passé qui sont aussi notre richesse régionale. Voilà qui pourrait facilement s'intégrer dans une "route des vestiges militaires du Lunévillois".

Affaire à suivre...

                                                                      Jean SPAITE


Le Blockhaus Est : façade vue sous le même angle, en 1927 d'après un croquis d'époque, en 1979 - En 2007, le remblais cachait tout. L'ouvrage en béton réalisé par les poilus de 1916 est enseveli sous des mètres-cube d'indifférence, d'ingratitude...





Ci dessous : Le blochaus Ouest, vue de 3/4 depuis ke CD 19 A : un croquis montrant son état en 1927, une photo de 1979. En 2007, l'ouvrage est toujours en état. Puisse-t-il être préservé !

Article écrit par Jean Spaite et publié dans la Revue Lorraine Populaire de Juin 2007, N° 196


                                                                      

Pour mémoire, le site de la Communauté de Communes de la VEZOUZE, rappele dans l'inventaire des monuments intéressants   de la vallée de la Vezouze (Rubrique :Zoom Communes : FREMENIL), les blockaus de FREMENIL . Il convient donc de préserver
ces témoins du passé.