Madeleine HOURDIAU, c'était la mémoire du village.

Elle connaissait tous les évênements ,tous les habitants ,elle retraçait de mémoire la généalogie de tel ou telle personne du village. Les parentées dans les villages voisins ne lui étaient pas inconnues. Jusqu'à un âge avancé, elle avait souvenir de tout ce qui s'était passé et vous le restituait avec exactitude. Oui, "la Madeleine" méritait bien son titre de "Mémoire du village".

J'ai souvenance d'une rencontre avec "la Madeleine" dans le cimetiére communal. Elle était en train de nettoyer une tombe qui n'était pas de sa famille. "Mais voyons, tous ceux qui sont ici, je les ai connus, je leur parle. Pour moi ils sont vivants, alors faut entretenir leur tombe parce qu'ici, ils n'ont plus de descendant pour le faire ,Nem !!"

Une autre fois, je lui demandais ses souvenirs de la guerre de 14. Que d'évocations : les noms des soldats, leurs régions d'origine, leurs régiments. Elle était intarissable.

Le bombardement du fort de Manonviller par les Allemands, elle le faisait revivre avec émotion. C'était le mardi 25 Août 1914 le matin vers 9 heures 30. Le bombardement se déchaîne et dure une grande partie de la journée. Les obus sifflaient au-dessus de la prairie et ont les entendait exploser sur le fort. Mais c'est surtout le lendemain mercredi 26 Août depuis 4 heures 30 du matin que les gros canons situés à Avricourt, écrasent le fort sous un pilonnement de gros obus toutes les 5 minutes. Ce jour-là son père, Charles HOURDIAU (1853-1932), sort de sa maison pour voir le passage dans le ciel des gros obus qui filent en sifflant violemment. A ce moment son voisin d'en face, Camille MANONVILLER (1864-1945), avec qui il était pourtant en froid (elle ne se souvient même plus pour quelle raison !!!!) l'appelle et lui dit : "Charles, viens avec moi dans l'grenier, te verras mieux j'crois bien qu'c'est la fin du monde!!" De fait, tous les deux regardent par la lucarne du grenier et ils voient avec stupeur le rougeoiement permanent qui marque le fort et ils voient l'arrivée de chaque obus allemand de 420.

Ca n'a pas été la fin du monde, mais le lendemain jeudi 27,le fort de Manonviller dans l'aprés-midi hissait le drapeau blanc et se rendait à l'ennemi. Et ce jour-là, le Camille et le Charles se sont réconciliés devant l'absurdité des guerres, quelles qu'elles soient. Quelle belle leçon pour Camille le cultivateur et pour Charles le vannier qui assurait aussi les fonctions de chantre à l'église.

Madeleine HOURDIAU en fidéle paroissienne a toujours assuré la propreté et la décoration florale de l'église tant qu'elle a pu le faire. Pour équilibrer son budget, elle qui vivait chichement, elle travaillait dans son jardin lui assurant des légumes, élevait quelques lapins, et aussi brodait des mouchoirs ainsi que des perles. Elle reste pour ceux qui l'ont connue "la mémoire du village" revivant passionnément les évênements et les personnages. Madeleine HOURDIAU était née le 5 Février 1898 à Fréménil, elle est décédée le 14 Décembre 1996 à Blâmont à l' âge de 98 ans.

Il est dit en Afrique que quand une personne âgée meurt, c'est une bibliothéque qui brüle.

Cet adage peut s'appliquer à Madeleine HOURDIAU, elle qui savait tant de choses sur l'histoire de son village.

La photo illustrant cet article a été prise le 24.03.1991 : Elle montre de G à D Julien Bardot, Madeleine Hourdiau et Nicolas Ledig

J S Aout 2008