SOUVENIR DE LA BONNE FONTAINE
Reproduction d'un texte écrit en 1912 par l'abbé Meyer, Curé de Domjevin

 Nous croyons utile de réunir en ces quelques pages des souvenirs et des renseignements capables d'intéresser, d'édifier et d'augmenter la confiance des pèlerins de Bonne-Fontaine en la Sainte Vierge. Nous espérons que notre modeste travail sera bien accueilli et fera un peu de bien aux âmes.

CHAPITRE I.


Histoire de le Bonne Fontaine


On venait prier à la Bonne Fontaine longtemps avant la Révolution française Le gouvernement de 1793 fit d'inutiles efforts pour comprimer l'élan populaire autour de ce lieu béni. « Le bruit d'apparitions de la Sainte Vierge pendant la période révolutionnaire y attira de si grandes foules, que les autorités du district s'en émurent et placèrent une garnison de vingt-cinq cavaliers autour de la fontaine, Les pèlerins continuèrent d'affluer. Ordre fût donné de remplir la fontaine d'immondices. Mais la municipalité de Domjevin éluda ces ordres stupides en couvrant la fontaine de planches chargées de fumier. Quand la tyrannie eut cessé, le pèlerinage reprit son cours »(1).

Après 1848, l'affluence des pèlerins devint plus considérable et on bâtit une chapelle auprès de la fontaine. Cette chapelle fut bénite le 28 octobre 1851. selon le procès-verbal conserve aux archives paroissiales de Domjevin.
Nous avons retrouvé dans un numéro du journal L'espérance de Nancy (2) un article relatant cette cérémonie. Nous le reproduisons intégralement :

« A deux kilomètres de Domjevin, dans un lieu appelé La Bonne Fontaine, où de temps immémorial la Sainte-Vierge est invoquée, les bons habitants de ce village viennent d'ériger en l'honneur de l'Auguste Mère de Dieu, une élégante chapelle dans le style ogival. Il serait difficile de décrire le zèle et l'empressement qu'ils ont apportés à la construction de ce charmant petit édifice, dont les grâces font honneur à l'habile ouvrier qui en a conçu et exécuté le plan. Quatre vitraux sortis des ateliers de M. Rive, peintre sur verre à Nancy, contribuent puissamment a en relever l'élégance.  » « Aujourd'hui 28 octobre, par le temps le plus magnifique et le plus inespéré, M. Delalle, vicaire général, en a fait la bénédiction sous le vocable de N. Dame sous la Croix. Qu'il était beau de voir le monde accouru de toutes les paroisses environnantes et même des localités assez éloignées.  »
« Qu'elle était imposante cette procession, dont le silence religieux n'était interrompu que par des cantiques à Marie et dont l'étendue représentait si bien ces grandes et belles processions inspirées par l'antique foi du moyen-âge.  »
« Il y avait environ 4.000 personnes groupées autour de la Chapelle. M. le Vicaire général, avant de célébrer la messe dans le nouvel oratoire qu'il venait de bénir, a adressé à son nombreux auditoire une éloquente et pathétique allocution qui a attendri tous les coeurs.  »
« Tous les prêtres qui assistaient à cette pieuse et touchante cérémonie ont vu dans ce concours extraordinaire un témoignage bien consolant de l'esprit de foi qui règne encore chez les bons habitants de campagnes ! »


Le titre de « Notre Dame sous la Croix » a été donné a la Vierge de la Bonne Fontaine uniquement en souvenir du nom ancien de Domjevin « Village sous la Croix » et non pour indiquer qu'il s'agit de Notre Dame des Sept Douleurs. Du reste, ce nom n'a pas prévalu, et le titre de Notre Dame de la Bonne Fontaine est seul consacré par l'usage. C'est le 60e anniversaire de cet événement que nous célébrons solennellement cette année.

Nous voulons retracer ici en quelques mots l'histoire de trois prêtres remarquables qui furent mêlés aux origines de la Chapelle de la Bonne Fontaine M. Claude, cure de Domjevin, qui l'a fait bâtir. Mgr. Delalle, qui l'a bénite, Mgr. Regnier, qui a donné la statue de la Sainte Vierge, qui y est vénérée.

 
M. l'abbé Alexis Claude est né à Saint-Nicolas-de-Port le 2 Novembre 1797. Ordonné prêtre le 12 juin 1822, il fut immédiatement nommé curé de Bainville-aux-Miroirs et trois ans plus tard devint curé de Tantonville. il y demeura quinze ans et s'acquit une grande considération non seulement par son ministère spirituel, mais aussi par le dévouement qu'il portait aux malades. Tel fut aussi le caractère de son ministère a Domjevin, ou il demeura 38 ans et ou il est décédé pieusement le 10 Mars 1878.

M. Claude garde encore aujourd'hui a Domjevin et dans les environs la réputation d'un homme très habile dans le soin des malades. il est incontestable que tout en gardant la dignité de son ministère, il a su rendre a ce point de vue des services incalculables dont bien des familles lui gardent une profonde reconnaissance. Chez beaucoup le souvenir de M. Claude est indissolublement uni à la pensée de la Bonne Fontaine.


Mgr. Delalle naquit à Revin. (Ardennes) le 9 Octobre 1800. A onze ans, il vint habiter Arracourt avec sa famille. il fît ses études au collège de Vic, puis au Petit Séminaire de Pont-à-Mousson et entra au Grand Séminaire de Nancy en 1819. A 22 ans, n'étant encore que diacre, il était nommé professeur de philosophie, puis de théologie dans l'établissement dont il venait d'être l'élève et il y resta jusqu'en 1830. A ce moment nous le retrouvons a Paris, vicaire administrateur de la paroisse Saint-Germain-des-Prés, ou il se signala pendant une épidémie de choléra, épuisant ses forces et bien souvent sa bourse auprès des malades et des affliges.

En 1835, Mgr Donnet le rappela au diocèse de Nancy et le nomma curé de Toul.
En 1845, il fut promu vicaire général, et c'est en cette qualité qu'il eut à s'occuper de la Bonne-Fontaine. C'est lui qui fit la bénédiction de la Chapelle et donna au pèlerinage ses premiers règlements, aussi les pèlerins lui doivent-ils un souvenir reconnaissant.
Promu évêque de Rodez en 1855, il gouverna ce diocèse jusqu'en 1871, année ou il mourut en revenant du concile du Vatican, dont il avait été l'une des lumières. Ce fut un évêque remarquable par son zèle entreprenant et éclaire, ainsi que par la sûreté de sa doctrine et son éloquence. Mgr Delalle est mort pauvre, car sa charité était vraiment royale. Son dernier acte a été l'envoi à Madame Thiers d'une somme de 6.000 francs pour les orphelins de la guerre. Aujourd'hui, après 40 années écoulées, le souvenir de cette charité inépuisable n'est pas encore perdu et le coeur de ses prêtres garde de lui un impérissable souvenir (3).

L'histoire de Mgr. Régnier, qui a donné la statue, n'est pas ordinaire, aussi lui faisons-nous large part.

Né à Langres en 1808, il fit ses humanités a Dijon et a Issy et eut pour condisciple le Père Lacordaire. Après avoir étudié le droit a Nancy, il fut nommé juge de paix a Blâmont. En s'éloignant de Nancy, où il avait pris une part considérable parmi les hommes qui alors travaillaient avec tant d'intelligence et de zèle a la régénération religieuse, il ne cessa pas de s'occuper des oeuvres. Il répondait avec empressement à tous les appels du zèle et de la charité ; à toutes les nobles et pieuses entreprises, il apportait volontiers et ses sages conseils et ses secours toujours généreux.

C'est dans cette période de sa vie, probablement en 1856, qu'il donna la statue vénérée à la Chapelle de la Bonne-Fontaine. Elle fut portée par des jeunes hommes de Domjevin, depuis le village jusqu'à la chapelle, et les porteurs reçurent comme souvenir une image de Notre-Dame de la Bonne-Fontaine, qui ressemble et la statue de Notre-Dame des Victoires. C'est l'image qui a été reproduite cette année et gravée sur les médailles.

La piété de M. Regnier ne l'empêchait pas de remplir ses fonctions de magistrat avec une conscience scrupuleuse. Ses justiciables n'ont pas oublié ses spirituelles remontrances ses vives exhortations, ses saintes indignations quand il avait à juger des attaques à la morale et à la religion.

Comment abandonna-t-il ce ministère, pour entrer dans l'état ecclésiastique. Lui même aimait a le raconter. Après avoir longtemps hésité entre les diverses propositions d'établissement que lui faisaient ses amis, et les sollicitations qui le poussaient à se consacrer a Dieu dans le sacerdoce, un jour qu'il venait de prier avec piété Notre Dame de Bonsecours, il lui demanda un signe de la volonté du ciel ; il fût arrête sur la porte même de la chapelle par quelqu'un qui lui offrit sans s'en douter le signe qu'il avait demandé.

Aussitôt son parti est pris, il sera prêtre. Il alla à Reims trouver Mgr. Geusset qui l'accueillit avec joie, l'aida a se préparer au sacerdoce, et lui conféra le sacrement de l'ordre, c'était en 1868, il avait 50 ans.

Une fois ordonné, M. Regnier revint à Nancy où il se fixa définitivement comme prêtre habitué. Son âge, ses habitudes, ses relations, ne lui permirent pas d'exercer le ministère dans un poste officiel. Mais les honneurs ne lui manquèrent pas. Mgr. Gousset le nomma chanoine de Reims, Mgr. Caverot un de ses plus intimes amis le nomma chanoine de Saint-Dié et lui obtint de Rome la prélature. Mgr. Foulon le nomma a son tour chanoine de Nancy.

Les exercices de piété pour lesquels il avait un attrait tout particulier, et auxquels il consacrait de longues heures, des lectures, des études sur les objets qui lui étaient chers, des visites aux pauvres et aux malades remplissaient utilement ses journées ....

On se souviendra longtemps a la cathédrale de ce prélat a la démarche mesurée, de petite taille, aux traits distingués, au regard doux et modeste qui passait de longues heures devant le Saint-Sacrement, un énorme bréviaire entre les mains et les plus ferventes prières sur les lèvres. Longtemps on se souviendra de la joie rayonnante qui l'accompagnait à l'autel et dans toutes les cérémonies auxquelles il était si heureux de prendre part. il mourut en Octobre 1889. (4).

Y a-t-il eu à la Bonne-Fontaine des guérisons vraiment miraculeuses. Nous ne saurions l'affirmer car les faits dont on nous a parlé sont trop loin de nous pour être examinés avec le soin qu'exige un jugement aussi grave. Mais il y a eu des guérisons où la Sainte-Vierge semble bien être intervenue d'une façon saisissante, car on en garde le souvenir et la confiance des pèlerins cherche là un appui.

En 1908 un fait nous montra combien, dans notre région, est grande la confiance en la Sainte-Vierge et combien malgré tout la Bonne-Fontaine reste populaire. Le 2 août 1908, des malfaiteurs saccagent la Chapelle et la souillent d'ordures. Cet attentat venait après d'autres et les dépassait ; on décida de faire une fête de réparation qui eut lieu le dimanche 16 Août a 3 heures. Elle avait été simplement annoncée dans les journaux et au prône du jour de l'Assomption dans quelques paroisses; la fête n'avait aucun attrait extérieur et cependant 1.500 personnes étaient accourues pour protester et prier.

Pendant une heure un souffle du ciel passa sur cette foule et nous eûmes une vision fugitive de Lourdes. La Semaine Religieuse concluait son compte rendu par ces mots, dont nous apprécions de plus en plus la justesse : « En voyant l'indifférence des uns, l'hostilité des autres, nous prêtres, nous sommes tentés de nous dire que la foi est morte dans les coeurs et que nos efforts sont stériles. Cette fête nous est un encouragement: elle nous montre qu'au fond des âmes les plus indifférentes subsiste encore une étincelle de foi. Profitons des circonstances pour écarter les cendres et ranimer le foyer. C'est possible encore. » (5).

C'est un présage de bon augure pour la fête du 27 Mai 1912.

CHAPITRE II.

Quelques Renseignements
(Attention: écrits en 1912, ces renseignements n'ont plus aucune valeur en 2008,,, et au-delà)

1. Comment parvenir à la Bonne-Fontaine.
La Bonne-Fontaine est située dans une grande prairie, sur le territoire de Domjevin et au nord de ce village. Pour y venir on peut prendre deux lignes de chemin de fer.
La ligne de Nancy-Avricourt, et descendre à la station de Laneuveville-aux-Bois, en suivant un sentier dans la direction du Sud-Est, il y a environ trois quart d'heure de marche pour atteindre la Chapelle.
On peut également descendre a la station de Domjevin sur le chemin de fer Lunéville-Blâmont-Badonviller. On traverse le village, on continue devant soi en laissant sur la droite la route de Veho.

2. Objets de piété.
Afin de satisfaire les demandes des pèlerins la direction du pèlerinage a fait faire des objets de piété spéciaux : médailles de la Vierge de la B. F., images avec prière, notices, chapelets avec vue de la Chapelle.
On vend ces objets auprès de la Chapelle les jours de grand pèlerinage. En dehors des pèlerinages on peut s'adresser à M. le Curé, au presbytère de Domjevin.
Ces objets, bien entendu, ne peuvent pas être bénis avant d'être vendus. Mais il sera facile de profiter des bénédictions générales faites après les cérémonies, ou de demander en particulier à un prêtre ayant les pouvoirs nécessaires de bénir et d'indulgencier ces objets. Les indulgences attachées aux objets de piété sont les indulgences apostoliques qu'on gagne en portant ces objets sur soi.
Aux chapelets seront attachées les indulgences dites des P. Croisiers, dont nous parlerons plus loin. Nous ferons remarquer que la médaille de la Bonne-Fontaine peut servir de médaille du Scapulaire, à la condition de la faire bénir dans ce but.

3. Confrérie de la Bonne-Fontaine.
Afin de resserrer les liens surnaturels qui unissent les pèlerins de la Bonne-Fontaine, Mgr. l'Evéque de Nancy a bien voulu ériger dans ce sanctuaire une confrérie dont les obligations fussent assez douces pour que tous, hommes, femmes et enfants puissent en faire partie.
L'ordonnance épiscopale est datée du 6 avril 1912. Les conditions pour en faire partie sont de se faire inscrire (nom et adresse) sur le registre de l'association et de verser une fois pour toutes une cotisation de 50 centimes.
Les obligations sont : de dire chaque jour un Ave Maria avec l'invocation : « Notre-Dame de la Bonne-Fontaine, priez pour nous » ; de porter sur soi une médaille de la Sainte-Vierge ; de faire chaque année autant que possible un pèlerinage a la Chapelle de la Bonne-Fontaine. Il est désirable qu'à cette occasion on s'approche des sacrements.
Les avantages sont d'attirer sur soi et sa famille les faveurs spéciales de la Sainte-Vierge et avoir part à une messe dite pour les confrères vivants et défunts à l'autel de la Sainte-Vierge a Domjevin le deuxième samedi de chaque mois.
Pour se faire inscrire on peut s'adresser au comptoir des vendeuses à la Bonne-Fontaine, où une personne tiendra le registre et recevra les cotisations. En tout temps on peut s'adresser a M. le curé de Domjevin, soit de vive voix, soit par lettre.

CHAPITRE III.

Neuvaine à Notre-Dame de la Bonne-Fontaine
(Non reproduite ici)

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Prière à N. Dame de la Bonne Fontaine

Notre-Dame de la Bonne-Fontaine, qui vous montrez si douce et si compatissante pour ceux qui vous invoquent, veuillez exaucer cette humble prière.
Convertissez les pécheurs ; donnez-leur une foi vive et l'amour de votre divin Fils. Gardez nos enfants, rendez-les dociles et pieux. Qu'avec votre secours, jeunes gens et jeunes filles évitent les périls qui les environnent et restent fidèles aux promesses de leur baptême. Mettez au coeur de tous les Chrétiens la volonté de recevoir souvent la Sainte-Communion qui est la vie des âmes.
Guérissez nos malades ; donnez aux affligés la résignation dans leurs maux et la paix du coeur.
Protégez la France, afin qu'elle soit toujours la fille aînée de l' Église et votre pays de prédilection.
Aidez la Sainte-Église, veillez sur notre N. S. Père le Pape, les Évêques et les Prêtres.
Enfin, bonne Vierge Marie, écoutez tous ceux qui vous invoquent avec confiance et conduisez-les au bonheur éternel. Ainsi soit-il.
Notre-Dame de la Bonne-Fontaine, priez peur nous.

(L' Évêque de Nancy accorde 50 jours d'indulgence à ceux qui récitent cette prière dans le sanctuaire de Notre-Dame de la Bonne-Fontaine).

J. MEYER,
Curé de Domjevin, mai 1912


(1) Drochon - Les pèlerinages de la Sainte Vierge, p. 1176.
(2) Espérance 2 31 Octobre 1851.
(3) Ces renseignements et le portrait de Mgr Delalle sont dûs à la complaisance de M. l'abbé Delalle, cure de Lorey.
(4) Semaine religieuse, 2 Novembre 1889, passim.
(5) Semaine religieuse, 22 Août 1908.

Merci à Jeannine Bardot de Fréménil qui m'a confié ce fascicule
In memoriam, Andrée Spaite, ma mère, décédée en mai denier, qui aimait tant se recueillir à la Bonne Fontaine
Alain Spaite, 1er septembre 2008